Ménard (toujours) en liberté

Par le 10 oct, 2012 @ 16:13

Nouvelles de France a rencontré Robert Ménard, véritable chantre de la liberté d’expression, qui vient de lancer Boulevard Voltaire. Une fois de plus, le fondateur et ex-secrétaire général de Reporters sans frontières montre qu’il n’a pas sa langue dans sa poche, notamment quand il appelle les Français à se révolter. Entretien.

Robert Ménard, il y a dix jours, vous avez lancé avec Dominique Jamet le site Boulevard Voltaire. Quel bilan faites-vous aujourd’hui des premiers jours d’exploitation du portail ?

En quatre jours, Boulevard Voltaire a reçu plus de 70 000 visiteurs. Nous sommes contents car nous nous étions fixés l’objectif, certes modeste, d’atteindre les 100 000 en un mois. Cela montre qu’il y a un public (restreint, pour l’instant) qui a envie d’entendre et de lire autre chose. Quant au petit groupe de contributeurs qui se connaissaient, il a rapidement été rejoint par d’autres personnes talentueuses. Dieu merci, savoir écrire n’est pas réservé aux journalistes. Ce n’est pas forcément chez eux qu’on retrouve le plus de talent. Ce n’est même pas chez eux, d’ailleurs, quand on voit les petites crapules comme Claude Soula, du Nouvel Obs.

Est-ce que, comme le note l’Observatoire des journalistes et de l’information médiatique, les portails d’info et d’opinions de droite ne se pressent pas désormais au portillon (après une absence notable quand la gauche bénéficiait, elle, de nombreux supports comme Rue89, Bakchich, Médiapart, etc.) ?

D’abord, on n’est jamais trop nombreux. Ensuite, Boulevard Voltaire ne se définit pas comme un média de droite. Ce n’est pas un Rue89 de droite, même si « Boulevard » est évidemment un clin d’œil. Boulevard Voltaire réunit des personnes de sensibilité différentes et insiste sur des points de vue originaux : ainsi, Michel Cardoze, connu pour être de gauche, a récemment critiqué dans nos colonnes la réélection de Hugo Chavez tandis que Nicolas Gauthier, pourtant de droite, s’en félicitait. Nos contributeurs n’ont qu’un point commun : ils n’insultent pas et ne tentent pas de diaboliser le voisin qui ne pense pas pareil… Ce n’est donc pas une nouvelle chapelle que nous créons !

Comment allez-vous survivre et vous développer ?

Il y avait deux solutions : chercher de l’argent auprès de gens à qui on n’aurait proposé aucune perspective d’équilibre financier ni demain ni après-demain (ou alors, cela aurait été un mensonge éhonté car il n’existe pas encore de modèle économique) ou alors avancer en marchant, compter sur le talent et la bonne volonté des contributeurs puis interpeller les lecteurs en leur disant : « Regardez, ça existe, nous avons besoin de votre aide pour que ça continue ! » Aujourd’hui, Boulevard Voltaire est une association loi 1901. Demain, Boulevard sera une société et il sera alors possible d’entrer dans son capital.

Mais vous, est-ce que vous vous rémunérez en travaillant sur Boulevard Voltaire ?

Non. Les autres contributeurs et moi-même donnons un peu de notre temps chaque jour. Mais j’espère qu’un jour, nous pourrons nous payer.

Mais alors, de quoi vit Robert Ménard aujourd’hui ?

Robert Ménard est journaliste ailleurs.

Est-ce que Boulevard Voltaire est le prolongement de la revue Médias qui a cessé de paraître en juin 2012 ?

Non, je n’ai jamais prétendu cela.

Le projet dont vous parliez lors de l’arrêt de la revue Médias n’est pas Boulevard Voltaire ?

Disons qu’il a évolué… Contrairement à Médias, Boulevard Voltaire ne fait pas d’info car nous n’avons ni le temps ni les moyens pour cela. Mais on retrouve dans notre équipe trois ou quatre anciens de Médias. Et l’état d’esprit est le même : s’ouvrir à des gens qui pensent radicalement différemment de vous. C’est toujours l’envie de faire cohabiter des points de vue antagonistes qui nous anime, mes collègues de Boulevard Voltaire et moi-même.

Quel bilan tirez-vous après l’année passée dans la matinale de Sud Radio ?

Je dirais que les conditions de travail ont été difficiles car il y avait un vrai manque d’argent. Il n’y a d’ailleurs aujourd’hui plus personne au studio parisien qui avait ouvert à l’été 2011. Seule la rédaction toulousaine subsiste et Sud Radio est à vendre. Il n’empêche que j’ai toujours pu y dire ce que je voulais et je remercie pour cela la direction de la station. Je dirais que nous avons eu la liberté mais que nous avons manqué de temps (faute d’argent). Je suis donc déçu, mais pas amer.

Comment réagissez-vous au fait que les députés français ont donné mardi leur feu vert à la ratification du Pacte budgétaire européen ?

C’est un peu plus de notre souveraineté nationale qui s’évapore… Pourtant, je suis un Européen convaincu et favorable à la construction européenne, mais pas celle-là. Donc, ce vote m’attriste. Je suis aussi éberlué par les mensonges de François Hollande sur ce registre. Il n’a rien changé au traité signé par Nicolas Sarkozy, pas même une virgule, alors qu’il avait promis aux Français de le renégocier. La capacité des Français à intégrer l’idée que les hommes politiques ne tiennent pas leur promesse m’inquiète. C’est une idée folle, vous ne trouvez pas ? Devant un tel constat, on devrait se révolter, qu’on soit pour ou contre le Pacte budgétaire européen !

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